Consultation de la Banque Mondiale

La Banque Mondiale a invité le Président Directeur Exécutif de Monde Sain, M. Daniel KOFFI, à participer à une consultation par visioconférece sur la publication phare de la Banque Mondiale: le Rapport sur le développement dans le Monde 2010 (World Development Report (WDR). Cette consultation qui s'est tenue le jeudi 16 avril 2009 au Centre d'Education à distance de l'ENA à Abidjan, a regroupé des spécialistes et Autorités de 6 pays, à savoir: le Bénin, le Burkina Faso, la Cote d'Ivoire, le Sénégal, le Togo et les Etats-Unis.
Le thème de cette édition 2010 du WDR porte sur "Le Développement et le Changement Climatique". Dans le cadre des efforts visant à faciliter la communication avec les acteurs concernés par l'ilmpact du Réchauffement Climatique, la Banque Mondiale organise une série de consultations sur le Rapport sur le développement dans le Monde 2010, avec de multiples interlocuteurs dans plusieurs pays. En étudiant à la fois les défis et les opportunités que représentent les changements climatiques, la nouvelle édition du Rapport aborde trois grandes questions:
1-Les impacts des changements climatiques sur le développement?
2-Les impacts du développement sur les changements climatiques?
3-Implications en termes de décisions politiques?
Douze spécialistes représentaient la Côte d'Ivoire dans cette visioconférence. Cependant, bien qu'il y ait eu plusieurs interventions, nous ne présenterons ici que celle du président directeur exécutif de Monde Sain, M. Daniel KOFFI...
m. Daniel KOFFI, PDE de Monde SainCommunication du Président de Monde Sain
I-IMPACTS DU CHANGEMENT CLIMATIQUE
SUR LE DEVELOPPEMENT
Le changement climatique reste une véritable menace pour le développement, à travers l’agriculture, la pêche et l’élevage dont il freine considérablement les productions respectives. En cela, il se pose alors comme une menace pour l’économie mondiale, et en définitive, une menace pour le développement et la paix dans le monde.
En effet, en termes d’impacts, le changement climatique affecte déjà les systèmes naturels de l’environnement mondial, de sorte qu’en Afrique en particulier et, de façon spécifique, en Côte d’Ivoire, nous pouvons relever les impacts suivants:
Impact1- L’avancée du désert s’accélère.
Les bassins d’eau se font de plus en plus rares notamment dans le nord, le centre, le centre-ouest et le centre-est de la CI. Dans ces régions, plusieurs rivières asséchées, n’existent plus que de noms, provoquant l’extinction massive d’espèces aquatiques; les forages de puits atteignent des profondeurs de plus en plus importantes.et les poches de désert sont visibles de plus en plus dans ces régions, allant progressivement vers le sud.
Impact2 : Menace de l’autosuffisance alimentaire
Les cycles des pluies ont changé, et les vagues de chaleur montent de plus en plus, au détriment de l’agriculture, de la pêche et de l’élevage, rendant les terres autrefois arables, de plus en plus arides. Mes enfants ne connaissent pas les grêles que j’ai connues dans les années 1970 (La grêle est une précipitation de particules de glace !). Les bassins autrefois humides et favorables à la culture du riz, ont fait place à l’aridité, de sorte que les agriculteurs du centre et du centre-ouest du pays, en quête de rendement économique, se tournent de plus en plus vers des cultures de substitution comme le teck, l’hévéa et surtout le jatropha qui accepte les sols arides et semis arides, tout ceci au détriment des cultures alimentaires.
Impact3 : Menace des feux de brousse
Les feux de brousse ont désormais un cycle permanent et régulier, contribuant ainsi à l’appauvrissement des sols, des parcs animaliers et au déclin de notre économie essentiellement basée sur l’agriculture.
Impact4- De nouvelles maladies apparaissent, et d’autres, éradiquées depuis des lustres, réapparaissent !
II-QUELS SONT LES IMPACTS DU DEVELOPPEMENT
SUR LES CHANGEMENTS CLIMATIQUES ?
Impact1- La construction de barrages, d''industries, de canaux, de lignes de chemin de fer, d’agglomérations, etc., restent autant d’activités humaines liées au développement, qui ont indubitablement des impacts sur le changement climatique, notamment par la pollution et les gaz à effet de serre engendrés.
Impact2- L’utilisation non rationnelle du bois dans les stratégies de développement, conduit à la déforestation, et par ce fait, a un impact sur le changement climatique, dans la mesure où elle accentue ou accélère la non pluviométrie, donc le réchauffement du climat.
Impact3- L’utilisation de l’énergie solaire dans le processus de développement, en agissant sur des facteurs tels que la température, la lumière..., favorise l'engorgement des localités, avec pour conséquence la culture de grandes surfaces de terres sous la pression démographique, avec pour impact l’accélération du changement climatique.
III- QU'EST-CE QUE TOUT CELA IMPLIQUE
EN TERMES DE DECISIONS POLITIQUES?
Le réchauffement atmosphérique et le Changement climatique qu’il engendre, c’est l’affaire de toute l’humanité, à commencer (peut-être paradoxalement!) par les pays sous-développés.
En effet, que font les pays développés pour tenter de freiner les émissions et la pollution chez eux? Eh bien, ils interdisent chez eux, par exemple, les véhicules d’un certain âge, susceptibles de produire de la fumée noire, qu’ils déversent sur les pays sous-développés, particulièrement les pays d’Afrique. Ce sont ces véhicules que nous appelons ici en Côte d’Ivoire les « France au revoir !» (Certes, il y a parmi ces véhicules certains qui sont acceptables ; mais il y en a par contre qui sont très vieux malgré leur apparence flambant neuve! Et il n’y a pas seulement que ces vieux véhicules : il y a aussi d’autres appareils d’occasions, tels que les appareils frigorifiques, les ordinateurs, les téléphones portables, les friperies, etc., dont l’Afrique reste la poubelle principale des « 2ème ou 3ème mains »!)
Que les pays sous-développés ne se disent donc pas que le réchauffement climatique, c’est l’affaire des pays riches : nous sommes, sinon plus, du moins autant concernés que les riches.
Alors, qu’implique donc cela, en termes de décisions politiques ?
D’abord, dans un contexte global à l’échelle continentale, les politiques, les plans et les stratégies de développement, devraient concorder avec celles relatives aux changements climatiques. Les politiques de développement devraient donc concevoir des moyens et stratégies d’adaptation des populations aux changements climatiques.
Ensuite, la politique globale de développement devrait inclure dans ses stratégies la sensibilisation sur le changement climatique; car l’on peut réduire ou aggraver les effets néfastes du changement climatique sur le développement et sur les individus.
Enfin, au plan interne, chaque pays africain devrait concevoir de façon pertinente et en se basant sur les expériences déjà vécues ailleurs, sa propre politique, avec ses propres moyens, ses propres exigences, ses spécificités de développement – politique qui, bien conçue et bien menée, applicable, efficace et efficiente, pourrait permettre aux populations de se préparer pour s'adapter au changement climatique et à ses effets néfastes sur le développement. C’est selon les besoins spécifiques de chaque pays que les pays nantis devraient orienter leurs aides et non selon leurs propres termes de référence.
En Côte d’Ivoire, les voies suivantes, entre autres, pourraient être explorées dans le cadre de l’élaboration de cette politique :
1-Le Gouvernement ivoirien devrait revoir sa politique d’importation de véhicules et appareils d’occasion, compte tenu de leur vétusté, en vue de n’autoriser que les véhicules, engins motorisés, appareils et matériels encore acceptables selon les normes internationales.
2-L’utilisation du bois de chauffe et du charbon de bois dans la quasi-totalité des foyers sur toute l’étendue du territoire national, pose problème : elle devra alors trouver des solutions palliatives; car elle implique une déforestation toujours croissante, fortement amplifiée par la pression démographique et l’activité champêtre qu’elle engendre sur des surfaces de plus en plus vastes. En cela, l’alternative de l’énergie solaire, les biocarbures, les bois à croissance rapide, etc., pourrait être exploitée.
3-Une politique de renforcement des forêts ivoiriennes devra être vigoureusement promue. Par exemples :
Ø Faire la promotion des forêts (ou bois) sacré(e)s du pays en vue de leur reconstitution et de leur revalorisation. Il s’agit de mettre sur pied au niveau national (et même africain) des programmes de préservation des bois sacrés pour le bonheur de la biodiversité et des climats locaux.
Ø Elaborer un Programme dit « ceinture verte » qui consisterait à mettre en œuvre des projets de reconstitution des forêts autour des lacs dénudés du pays, etc.
Daniel KOFFI
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